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Road tests

Ford Five Hundred 2005

Ingénierie de masse

Benoit Charrette

Depuis plusieurs années, les spéculations allaient bon train au sujet d’une nouvelle berline Ford pour le marché nord-américain. Après tout, la Taurus qui occupe le terrain depuis 18 ans est seule à tenir le fort. Avec des ventes en chute libre depuis quelques années et un design qui commence à montrer des signes de vieillesse, il était temps de présenter une nouvelle venue. Alors que le rôle de la Taurus sera essentiellement relégué à celui de voiture de flotte, la Five Hundred se veut la réponse moderne à la berline intermédiaire. Moderne, peut-être, mais Ford semble avoir oublié la définition des mots passion et attraction quand vient le moment de dessiner une voiture.

Carrosserie

Ford définit la Five Hundred comme la première berline crossover de la marque. En utilisant la plateforme de la Volvo XC90, on a pu greffer à la Five Hundred, des gènes d’utilitaires : une position de conduite plus élevée et l’implantation d’un système de rouage intégral. Visuellement, le grand patron du style de Ford, J. Mays, a deux sources d’inspiration : les créations de son ancien employeur Volkswagen et le pillage du patrimoine historique de Ford. Dans le cas de la Five Hundred, il est clair que la Passat a servi d’inspiration. Les lignes sont fades et sans surprises et plus proches d’une berline européenne qu’américaine. Les concepteurs présents au lancement utilisaient des termescomme une présence sur la route et de l’autorité au volant. Personne n’a parlé de la beauté des lignes ou d’un style qui a du caractère. On veut que la voiture vieillisse bien et atteigne le plus grand nombre de clients possibles, d’où mon expression d’ingénierie de masse ou le nivellement par le milieu. Visuellement, le résultat nous laisse mi-figue, miraisin. L’accumulation de compromis visuels a pour résultat que la voiture ne dégage aucune émotion, c’est dommage.

Habitacle

La première impression à l’intérieur est la même qu’à l’extérieur. Pas de véritable surprise, la planche de bord revêt une nette ressemblance avec d’autres produits récents de la famille comme la Focus ou la Freestyle. Le beige générique est à l’honneur avec quelques touches de « faux » bois dans les modèles haut de gamme. L’habitabilité est sans doute la plus grande qualité de la Five Hundred, qui bat sans problème la défunte Crown Victoria pourtant plus grande. Et que dire du coffre de 595 litres qui peut accueillir huit sacs de golf ou quatre cadavres, c’est selon. Parmi les irritants, Ford souligne avec insistance, la hauteur d’assise surélevée de près de 10 cm par rapport à une berline classique, donnant ainsi un point de vue surélevé au conducteur, une caractéristique très recherchée des acheteurs de VUS. Personnellement, je déteste être assis trop haut et j’ai passé ma journée à tenter de rabaisser le siège chaque fois que je prenais place dans la voiture. C’est vrai que les grandes surfaces vitrées procurent une excellente visibilité à 360 degrés, mais, à mon goût, la position de conduite est trop élevée. Comme le concept est inspiré de Volvo, Ford profite de l’expérience de son partenaire en matière de sécurité. Ainsi la Five Hundred propose des zones de déformation avant et arrière brevetées. La berline hérite également du principe de redistribution de l’énergie dans la structure en cas d’impact latéral, baptisé SIPS chez Volvo. Et les coussins gonflables intelligents se déploient en fonction du poids des occupants.

Mécanique

Sous le capot, la Five Hundred s’en remet au V6 Duratec 3,0 litres qui occupe déjà les entrailles de la Taurus depuis quelques générations. Une décision un peu paradoxale lorsqu’on pense que Ford prône la nouveauté et l’avancement technologiques. Pour pallier la puissance un peu juste de 200 chevaux, ce moteur est associé à une transmission à variation continue CVT (de série avec les modèles AWD) ou une boîte automatique à six rapports (fournie par Aisin). Dans les deux cas, ces deux transmissions extirpent le maximum de puissance disponible de ce V6. Ford a fait ses devoirs pour rendre le moteur moins rugueux et a ajouté amplement de matériaux insonorisants pour limiter l’intrusion de bruits indésirables dans l’habitacle. La puissance obtient la note de passage sans plus. Le plus gros obstacle que la Five Hundred devra surmonter provient de la concurrence comme la 300 chez Chrysler ou la Grand Prix chez GM qui offre des V8 beaucoup plus puissants. Le moteur Duratec est le seul disponible et Ford va perdre plusieurs clients si, à court terme, rien n’est prévu pour bonifier la puissance moteur du Duratec.

Comportement

Commençons par les bonnes nouvelles, les sièges offrent un excellent confort (même si la position de conduite est trop élevée) et la direction est très précise. La liaison au sol profite d’un empattement large et de pneus de base de 17 pouces. (18 en option). Ajoutez à cette recette un rouage intégral de conception Volvo (que l’on retrouve dans la XC90 et la V70 AWD) offert en option et vous avez une voiture très sécuritaire entre les mains. Un bon mot aussi pour souligner l’excellent travail des deux transmissions disponibles qui fournissent des reprises tout en douceur en éliminant les secousses des vieilles boîtes à quatre rapports. Maintenant, les moins bonnes nouvelles qui émanent de sous le capot. Je ne veux pas ici me faire le disciple des moteurs V8, mais il faut voir la réalité en face. Dans ce segment de marché des berlines pleine grandeur, la plupart des modèles offrent un V8, mais pas la Five Hundred. Le V6 est suffisant, mais pour ceux qui en veulent plus, il faudra aller voir ailleurs.

Conclusion

Ford a délibérément pris la décision de fabriquer une voiture pour la masse en prenant le moins de risque possible tant au point de vue du style que du concept en général. Mais comme l’histoire l’a trop souvent démontré : à vouloir faire trop de compromis, on finit par accoucher d’un produit qui manque de charisme, et c’est malheureusement le cas de la Five Hundred. Sa conception est plus internationale, l’habitabilité est sans reproche, mais la ligne est trop « politiquement correcte ». Ford qui espère raviver l’intérêt des Américains pour les berlines a raté sa cible, car cette voiture ne fait vibrer aucune corde sensible lorsqu’on la regarde, faute d’un style qui manque d’audace. Une petite réunion de remue-méninges avec Chrysler serait sûrement bénéfique. La voiture ne manque pas d’intérêt, mais